samedi, 18 juin 2005
L'union Européenne s'enfonce dans la crise
L'Union européenne s'est enfoncée vendredi dans une crise de plus en plus profonde en ajoutant une méchante querelle budgétaire à l'impact déjà dévastateur des "non" français et néerlandais à la Constitution.
Les chefs d'Etat et de gouvernement des Vingt-Cinq ont non seulement manqué l'occasion de rebondir en échouant à conclure un accord sur le financement de l'Europe élargie, ils ont aussi offert le spectacle de leurs divisions sur l'avenir de l'Union.
"Ça a raté", a sobrement constaté le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker, qui achèvera le 31 juin sa présidence de l'UE avant de céder le relais à Tony Blair.
"On vous expliquera ensuite que l'Europe n'est pas en crise: elle est en crise profonde", a-t-il ajouté avant d'ironiser sur la mission impossible qui consistera pour lui à expliquer à George Bush "la force et la vigueur de l'Union".
Les pourparlers sur le financement de l'UE de 2007 à 2013 ont échoué en raison des divergences entre les Etats membres.
Le principal obstacle a été la volonté de Londres qui voulait garder sa "ristourne" - 5,3 milliards d'euros en 2004 - sur sa contribution au budget européen arrachée en 1984 par Margaret Thatcher, sauf si l'on ne remettait en cause les aides agricoles, ce que la plupart des pays, dont la France, a refusé.
Le Royaume-Uni, mais aussi les Pays-Bas, la Suède et la Finlande, qui voulaient réduire leur contribution, et l'Espagne, qui voulait garder sa part du gâteau, ont en effet rejeté la dernière offre de Juncker et les travaux devront être repris plus tard, sans garantie de succès, sans doute en 2006.
"J'AI EU HONTE"
Le moment le plus spectaculaire est intervenu à la toute fin des discussions, lorsque les 10 pays qui ont adhéré le 1er mai dernier se sont levés à l'annonce de l'échec en proposant de sacrifier une partie de leur pactole avant de sauver l'accord.
"J'ai eu honte", a lancé le Premier ministre luxembourgeois, qui ne passera pas ses vacances avec son successeur Tony Blair: il n'entend même pas écouter ses priorités pour la présidence britannique de l'UE, qui seront présentées le 23 juin.
"Il y a eu un moment, je dois dire, pathétique, le mot n'est pas excessif", a renchéri Jacques Chirac qui s'est dit très impressionné par l'attitude des nouveaux pays membres "face à l'égoïsme affiché par deux ou trois pays riches."
"Ces pays faisaient preuve d'une volonté d'Europe, d'un espoir, d'une solidarité, d'une compréhension. Ils ont donné là une belle leçon pour l'Europe de demain", a-t-il dit.
Pour le Premier ministre polonais Marek Belka, cela a été un choc de constater que certains pays étaient aussi "égoïstes" face au financement d'un élargissement qu'ils présentent poétiquement comme une réunification de l'Europe.
"J'ai demandé, est-ce que c'est seulement une question d'argent et si oui, combien?", a-t-il demandé.
Mais Tony Blair n'a pas paru le moins du monde ému.
Il a refusé une offre de limiter son chèque à 5,5 milliards d'euros par an - si rien n'est modifié dans ce mécanisme, il dépassera bientôt les sept milliards -, mais il fallait pour cela repenser toutes les politiques, comme l'Europe verte pourtant sanctuarisée par un accord de 2002.
PAS DE VISIBILITÉ
"Je ne suis pas prêt à avoir quelqu'un qui me dise qu'il y a une seule vision de l'Europe", a-t-il dit en estimant que les aides agricoles appartenaient définitivement au passé. "Il ne s'agit pas de savoir qui est le plus solidaire en Europe, il s'agit de savoir ce que la solidarité signifie aujourd'hui."
Blair a pu à raison dire qu'il n'était pas isolé, puisque d'autres pays ont dit "non": mais sa volonté de rouvrir un accord conclu agricole en 2003 à l'unanimité a, de l'avis général, constitué l'obstacle à un accord.
Pour le chancelier Gerhard Schröder, "la Grande-Bretagne n'a jamais montré la moindre volonté de compromis".
Pour Juncker, la cause est entendue: il y a bien deux conceptions philosophiques de la construction européenne.
"Il y a ceux qui en fait, sans le dire, veulent le grand marché et rien que le grand marché, une zone de libre-échange, et il y a ceux qui veulent une Europe politiquement intégrée."
Les dirigeants européens ont tenté de se ressaisir.
"On va sortir de cette crise, mais que de temps perdu et quel mauvais moment pour l'avoir fait", a dit Juncker.
L'incertitude est d'autant plus grande qu'il n'existe aucune visibilité quant à la Constitution européenne.
Les chefs d'Etat et de gouvernement avaient entamé jeudi leur sommet par un accord en trompe-l'oeil sur le traité rejeté par la France et les Pays-Bas en supprimant tout délai pour sa ratification, ce qui permet à chacun de suivre sa voie.
Le processus de ratification se poursuivra pendant que les gouvernements européens mèneront une réflexion sur la manière de combler le fossé apparu entre l'Europe et ses citoyens, mais les pays qui doivent le faire par référendum disposeront de temps.
L'échéance, qui était fixée à novembre 2006, a disparu et il n'y a plus aucun calendrier précis, sinon une vague référence tacite à la mi-2007, période à laquelle Français et Néerlandais iront aux urnes pour renouveler leurs exécutifs.
Sans tarder, l'Irlande, la République tchèque, le Danemark, le Portugal, la Suède ont annoncé le report sine die de leur référendum, tandis que la Pologne et le Luxembourg n'ont pas caché qu'ils pourraient le faire dans les prochains jours.
16:54 Publié dans Actualité Générale | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note








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